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Ce texte a été écrit en 1997. Je venais de rencontrer NOVI et le fait que rien n'ait jamais été écrit sur lui et son oeuvre m'avait plus que surpris. Ce texte devait être publié dans le magazine HOP. En fait il a servi pour accompagner l'annonce du décès de ce grand dessinateur (en 2000).

RENÉ NOVI, UN GRAND DESSINATEUR OUBLIÉ
Aucun texte dans la presse spécialisée, aucun article dans les dictionnaires et encyclopédies de la bande dessinée n'a été consacré au dessinateur Novi. Et pourtant Novi eut une grande carrière et c'est un artiste de grand talent.

René-Marc NOVI est né à Nice le 24 avril 1913. Il y fait des études d'architecture à l'école des Arts Décoratifs. Puis il devient fonctionnaire municipal.
Ce n'est qu'en 1941 qu'il débutera sa carrière d'illustrateur et de dessinateur de bande dessinée dans "l'éclaireur de Nice". A la libération, il suit son éditeur à la capitale.
Au cours des années qui vont suivre, il travaillera pour de nombreuses maisons d'éditions : SPE, Del Duca, Chateaudun, Fleurus, ... et pour des titres très variés tels France-Soir, Hebdo-Police, La vie en fleur, Le Journal de Mickey, Fillette, Frimousse, ... À Paris il fréquentera quelque temps l'atelier 63 *, il y fera la connaissance d'autres dessinateurs : Raymond Poïvet, Guy Mouminoux, Christian Gaty, Robert Gigi... et Jean-Claude Forest. Ce dernier reconnaissait avoir été très influencé par le travail de Novi.

Novi s'inscrit dans "l'école française" du dessin réaliste d'après guerre. Son dessin est à la fois marqué par les américains (surtout Alex Raymond et Milton Caniff) et par sa formation académique. Les ombres (en noir) sont très présentes. A partir de la fin des années 60, son dessin se fera plus raffiné et quelque peu "esthétisant". "Landru" sa dernière bande (et la seule reprise en album) sera publiée dans "Circus" en 1981.

Au cours de ces 40 années passées à faire de la bande dessinée (et de l'illustration), Novi n'a pas créé une seule série importante et durable. Il ne peut être associé à aucun héros. Voilà qui explique en partie le fait qu'il ait été oublié. C'est aussi parce qu'il n'a pas travaillé pour les journaux illustrés les plus connus. il n'a semble-t-il, jamais travaillé pour Spirou et Tintin et il n'a fait que de très brèves apparitions dans Vaillant et Pilote.
Enfin, et c'est sans doute là l'explication principale, Novi est un individu modeste et timide qui recherchait davantage l'ombre que la lumière.
C'est peut-être cette timidité qui est la cause des colères qui valurent à Novi la réputation de personnage un peu fou. Une légende a même prétendu qu'il aurait menacé un éditeur avec un revolver... Cela contribua à le marginaliser.

Pour bien comprendre ce dessinateur il convient aussi d'expliquer la qualité irrégulière de son travail (d'une BD à une autre mais aussi d'une image à une autre). Cela s'explique surtout parce que Novi était un dessinateur lent et hésitant. Quand les délais le permettaient, il retouchait beaucoup ses dessins, il les grattait, il les refaisait... Ces hésitations, ces traits hachés, repris, grattés, donnent une vie au dessin.
Trop souvent Novi a dû produire des dizaines de planches dans des délais très courts et sur des scénarios médiocres...

Novi est un dessinateur qui a besoin d'inspiration, de motivation et de temps pour s'exprimer.
Il les trouva pour l'adaptation (écrite par Novi lui-même) du Salammbô de FLAUBERT. Dessinée à partir de 1952, cette BD sera publiée en 1954 dans la collection Mondial Aventures de la SPE (société parisienne d'édition).
Cette bande pourrait paraître un peu vieillotte aujourd'hui surtout à ceux qui connaissent mal la production des années 50. Mais en 1954, sa modernité provoqua un choc. Raymond Poïvet, qui réalisa une bande sur le même sujet (parue dans Vaillant en 1950 ), reconnaissait la supériorité de la version de Novi !
Il faut faire abstraction de l'épouvantable lettrage, et regarder ce qui fait l'intérêt principal de cette bande : les mises en page et les cadrages.
Les mises en page sont étonnante par leurs diversités. Certaines vignettes couvrent toute la page! On ne retrouvera de tel effets que dans les comix-books des années 60.
Les cadrages sont, eux aussi, d'une grande variété et leur caractère cinématographique est exceptionnel pour l'époque. Ajoutons à cela des images grandioses et la présence de très jolies femmes. Cette oeuvre fut admirée par de nombreux dessinateurs mais on demanda à Novi de rentrer dans le rang. Il dut revenir à un dessin plus banal pour ses travaux suivants parus à la SPE.

Une autre occasion de montrer tout son talent fut donné à Novi lors de la création de l'hebdomadaire Chouchou en 1964.
Jean-Claude Forest, responsable de ce journal, y a réunit les plus grands dessinateurs français de l'époque : Gillon, Poïvet, Gloesner et ...Novi. C'est à ce dernier qu'il confia la seule série publiée en pleine page, Viva Vivero.
Le dessin était très bien payé, les délais raisonnables, Forest voulait en contrepartie des oeuvres de grande qualité.
Novi mettra une semaine à dessiner chaque planche composée de 4 strips (dessinés séparément). Le format des originaux est inhabituel, une planche reconstituée mesure 60 X 88 cm !!
Seules 9 planches furent dessinées, l'arrêt de Chouchou (hebdo) mettant fin à cette série.
Les couleurs (choisies par Forest) perturbent un peu la "lecture" du dessin mais ces 9 pages sont superbes.
Le dessin avec ces grandes "tâches" noires rappelle celui de Gillon. Ce qui est particulièrement remarquable ici ce sont les très belles compositions des images et la gestuelle sensuelle et savante des personnages.
L'ensemble est plutôt classique, les mises en page sont simples, les compositions sont construites le plus souvent en diagonales ou en pyramides et il n'y a pas de "ballons". Cependant, certaines compositions volontairement déséquilibrées ou les personnages sont renvoyés sur le coté de l'image ainsi que les décors étranges, tantôt fouillés, tantôt simplifiés à l'extrême, créent une atmosphère fantastique (voir en particulier la planche 4 ).
Le dessin colle parfaitement avec le scénario de l'écrivain surréaliste Ado Kirou.

Novi avait confié à Forest qu'il ne pensait pas ses dessins, il les rêvait.

Novi a fait d'autres oeuvres de qualité, entre autres, de très belles pages sont parues dans "le journal de Mickey" (professeur FLAMANT).Mais Salammbô et Viva Vivero justifieraient à elles seules que Novi soit considéré comme l'un des dessinateurs français les plus remarquables .
Ph. LEFEVRE

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